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Publié le: mer 13 Nov 2013

Armel Massissou : Faire du Tchad un Pays Emergent — Une équation incomplète

 

Armel Massissou

D’ici 2025 le Tchad fera son entrée dans le cercle de pays émergents quelque soit la manière dont l’on aboutira à cet objectif, ont fait savoir les autorités tchadiennes avec le président Idriss Deby en première ligne de la scène médiatique. Depuis lors, l’on voit pousser des bâtiments dans la capitale tchadienne et des routes se font goudronner ici et là à travers le pays. Bien que certains investissements valent une appréciation, l’on oublie de se poser la question critique qui est : serait-il possible que le Tchad devienne un pays émergent en moins de quinze ans alors que depuis son indépendance en 1960, même la capitale N’djamena dort toujours dans l’obscurité, elle est sans eau potable pour l’ensemble de sa population, et est isolée, sans une voie de communication réelle qui puisse faciliter le flux de capitaux vers elle.

Compte tenu de nombreux défis que rencontre le Tchad, qui reste toujours un pays pauvre pratiquement invisible sur la scène internationale, cet objectif est plutôt un merveilleux discours et une ambition qui a pour but de convaincre la population que le pays traverse une période de changements positifs, alors qu’en réalité, rien n’est fait. Avant d’entrer en détail, il est important de savoir que le terme «pays émergent» est apparu dans les années 90 et est aujourd’hui largement utilisé pour catégoriser les pays nouvellement industrialisés tels que le Brésil, l’Afrique du Sud, le Singapour, la Hongrie et la Chine. Ce que ces pays ont en commun est le fait que ce n’est pas du jour au lendemain, ni en moins de quinze ans qu’ils sont devenus industrialisés, et sont aujourd’hui sur la voie de devenir des pays développés. Contrairement au Tchad, ces pays sont stables, bien organisés et réglementés de la politique aux affaires, et de l’éducation à l’emploi par mérite. Bien qu’il n’existe pas de définition claire de ce qu’est exactement un pays émergent, à la base d’une brève observation et analyse élémentaire, l’on peut conclure que le Tchad dans son état actuel ne pourrait pas être comparé avec aucun de ces pays énumérés ci-dessus, au moins que cette comparaison se base sur les guerres civiles, le détournement de fonds publics et le népotisme.

Alors, la phrase adéquate que devrait utiliser les autorités tchadiennes dans leurs beaux discours serait plutôt : « faire du Tchad un pays en voie de développement d’ici 2025».

Cependant, un beau discours n’est jamais suffisant. Le développement tout comme la paix est une action et un engagement qui érige la voie vers un objectif stratégique de long terme. Une leçon que l’on pourrait retenir du parcours des pays aujourd’hui développés est qu’un objectif stratégique nécessite une structure solide de l’administration publique aussi bien que du secteur privé. Or, comme dit-on en Occident : «les Africains ont la mémoire très courte». La population tchadienne aurait oublié les centaines de promesses que lui ont été faite. Les projets, l’on en a assez entendu parler. Ils naissent des beaux discours et meurent dans les tiroirs des ministres et secrétaires d’Etat. Bien que des fonds soient parfois débloqués, rien de valeur qui puisse efficacement servir la totalité de la population n’est fait vu le trajet en forme d’entonnoir qu’entreprennent ces fonds. A chaque intermédiaire sa part et au fur et à mesure les fonds diminuent au point où ce ne sont que des miettes qui vont aux projets.

L’on ne peut pas blâmer le peuple pour son ignorance et manque de compréhension de la politique vu que le système éducatif africain, héritage d’une colonisation brutale, a été un échec majeur. La majorité de la population tchadienne n’est pas instruite proprement afin quelle puisse comprendre les enjeux du pays et ce que c’est que la politique. Avec un taux national de réussite au baccalauréat inferieur à neuf pourcent, le chemin reste encore long pour voir l’ambition des autorités se réaliser. Un résultat choquant mais beaucoup plus embarrassant pour un pays qui s’est fixé pour objectif de devenir un «pays émergent». L’on ne peut que se demander si les autorités envisageraient d’importer des compétences étrangères.

Il est dix ans aujourd’hui que le Tchad est devenu un pays exportateur de pétrole, avec des réserves non négligeables qui se font découvrir l’une après l’autre.  Certains diraient même que le sous sol tchadien pourrait être comparé à ceux de la région du moyen orient.  Cette exploitation permet depuis longtemps à l’état tchadien d’encaisser au moins deux milliards de dollars américains par an, mais assez surprenant, rien n’a été fait. Comme disent les Tchadiens : «ici a N’Djamena on sait qui est qui», l’on sait aussi le pourcentage des revenus pétroliers qui vont dans les comptes privés, mais l’on reste toujours naïf, croyant en des discours politiques et des ambitions inexécutables. La vérité est que le Tchad dans son état actuel ne pourra pas devenir un pays émergent en douze ans car cela est un pur fantasme. Ce n’est pas du tout impossible, mais la route est encore loin.

Avant de s’établir un si grand objectif, il ya des sujets qui doivent être adressés. L’on doit aussi noter que ce n’est ni un décret présidentiel ou une ordonnance ministérielle qui fera du Tchad un acteur incontournable de la sous région. Le Tchad est déchiré par des années de guerre, et au moment même où l’on parle, il existe toujours des groupes rebelles qui peuvent à tout moment se lever contre le régime. Bien qu’ils s’opposent au régime et non à la population, cette dernière pourrait récolter les lourdes conséquences d’un événement sanglant. Alors, l’une des premières étapes à entreprendre afin de mettre le pays sur la voie d’un développement positif est sans doute l’unité nationale. Non un simple accord de paix et une politique de main tendue, mais aussi une lutte contre les violations des droits de l’homme et une fin à la chasse aux opposants. Par cela, il doit y avoir un changement structurel dans la gouvernance de sorte que le pouvoir n’est pas confisqué par un groupe d’individus car un tel système promeut la centralisation du pourvoir et la dictature suit naturellement. Quand un tel système de déséquilibre existe, l’injustice nait et ceux qui sont opprimés cherchent par tout moyen de s’emparer du pouvoir pour enfin devenir des oppresseurs. Ceci devient un cycle que si l’on sous-estime, plongera tout un pays dans une haine interethnique, une division religieuse et de criminalité rampante. L’on ignore que ces problèmes existent bel et bien au Tchad et resteront un obstacle majeur si rien de concret n’est fait.

Un pays ne peut être sur la bonne voie de développement que lorsqu’il existe des établissements d’enseignement où une éducation de qualité est offerte. Cependant, l’école tchadienne s’est prouvée incapable de former des cadres compétents. Les statistiques du baccalauréat de 2013 incluent un taux d’échec de quatre-vingt-onze pourcent. Alors, si les autorités pensent qu’elles peuvent  endormir la population avec des beaux discours étant donné que celle-ci est analphabète, alors elles ont mal posé leur équation car dans ce pays il existe bien aussi des têtes pensantes.

Au lieu d’aborder les vrais problèmes auxquels est confronté le pays, ceux en charge de la gestion du Tchad ne sont intéressés que par l’intérêt personnel et le minimum d’actes qui puissent les mettre en position gagnante des prochaines élections même si l’on sait que la transparence électorale n’existe pas encore au Tchad.

Sur la surface, l’on dirait que le Tchad est en chantier. Mais l’on oublie de se demander à quoi bon des infrastructures qui ne tiendront pas d’ici quelques années. L’on devrait aussi de poser la question à quoi bon des infrastructures si les personnes compétentes sont en chômage ? Est-ce que le Tchad a-t-il besoin d’un monument au moment où sa population meurt de faim ? Dans un pays où les experts sont écartés de la gestion de grands projets et des entreprises importantes, l’on pourrait conclure que l’objectif que se sont fixé les autorités est une ambition pure et simple.

Une guerre contre la corruption, peut être que le régime voudrait nous divertir de la misère que l’on vit.  Un voleur ne peut pas prétendre combattre le vol au même moment où il a une main dans le grenier du village et l’autre main sur les cous de ses collaborateurs. Il est impossible de combattre le problème de la corruption au Tchad sans une réorganisation structurelle et administrative. L’on ne peut pas combattre l’injustice et le népotisme quand l’on favorise en même temps ses proches et a une longue histoire de pratiques népotiques. Il serait honnête de dire qu’au moins la moitié des cadres du gouvernement est liée par une relation familiale soit directe ou indirecte.  Sans un changement efficace,  cette campagne contre la corruption n’est qu’un divertissement.

La politique en réalité n’est qu’un jeu. Elle est comme un jeu que l’on croit être complexe mais en réalité est très simple à comprendre si l’on prend le temps de réfléchir et se poser des questions critiques en faisant des analyses fondamentales. Elle est l’art de contrôler et c’est sur le mensonge qu’elle est basée. Nous savons que d’ici 2025 rien ne changera s’il n’ya pas de changements structurels pour en commencer.

Etre un pays émergent, c’est être un pays où la population a accès permanent et ample à ses besoins fondamentaux tels que l’eau potable, l’électricité, les soins. En général, les produits de première nécessité.

Etre un pays émergent, c’est être un pays où les emplois se méritent et les contrats sont alloués aux entreprises compétentes.

Etre un pays émergent, c’est être en mesure de gérer son économie, sa politique, la vente de ses ressources naturelles et avoir une voix face aux acteurs étrangers. Le Tchad cependant a un long chemin à faire.

Toutefois, si l’objectif de tous les discours politiques merveilleusement écrits est le lavage de cerveau et le contrôle de la population, alors les autorités ont d’une part réussit.

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