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Publié le: lun 19 Nov 2012

Quand Star Wars inspire la science

Disney vient d’annoncer le rachat de Lucasfilm et son intention de sortir le 7e épisode de « la Guerre des étoiles » en 2015. Une saga qui est aussi source d’inspiration pour des scientifiques, comme Roland Lehoucq l’avait confié à Sciences et Avenir en 2005.

Lecteur de science-fiction depuis qu’il est tout petit, Roland Lehoucq a été captivé par 
Star Wars à l’adolescence. Pas étonnant qu’une fois adulte, et devenu astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), il s’ingénie à confronter deux mondes en apparence très éloignés : celui de la recherche scientifique pure et dure et celui de la fiction et de l’imaginaire. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet dont Mais où est le temple du Soleil ? (Flammarion), D’où viennent les pouvoirs de Superman (EDP sciences). Vient de paraître Faire de la science avec Star Wars (Le Pommier).

 

La Force est-elle avec nous ?

Peut-être bien, mais, comme je le dis dans mes conférences, l’utiliser est une autre paire de manches. J’évoque le puissant pouvoir des chevaliers Jedi de la saga Star Wars pour aborder un sujet très pointu en astrophysique : l’énergie du vide. Pour cela, je pose une hypothèse : et si l’énergie du vide était la source de la mystérieuse Force des Jedi ? A partir de la valeur de la constante cosmologique, cette mystérieuse entité qui accélère l’expansion de l’univers, j’obtiens qu’un Jedi devrait concentrer l’énergie contenue dans un carré de près de 9 km de côté pour espérer pouvoir se soulever d’un mètre du sol. La Force peut donc être puissante, mais elle n’est pas à la portée de n’importe qui. Et on comprend qu’il faille se concentrer pour l’utiliser.

Comment vient l’idée de parler de science à partir de Star Wars ?

En réalité, le premier texte que j’ai écrit sur le sujet et qui fut publié dans la revue Bifrost parlait de Godzilla et se demandait s’il fallait en avoir peur. J’arrivais à la conclusion que, compte tenu de son gabarit et de sa foulée, la vitesse de ce colossal lézard bipède ne devait pas dépasser une quinzaine de kilomètres-heure. En courant à bonne allure, on pouvait donc facilement lui échapper. De plus, la taille du monstre conduisait son squelette à la limite de la rupture. Quand Godzilla tombe, ses os ont toutes les chances de se briser, et lui de ne jamais se relever. J’avais répondu à ma question : il n’y a aucune raison d’avoir peur de Godzilla, même s’il faut quand même s’en méfier un peu…

Comment faire des calculs sérieux à partir de données a priori fantaisistes ?

Arrêt sur image. Double-décimètre. On estime la taille de Godzilla lorsqu’il passe à proximité d’un immeuble en fonction du nombre d’étages qu’il atteint. On amasse de la documentation sur la foulée des animaux de la nature et sur leur vitesse de course pour estimer quelle pourrait être celle de ce monstre. A partir des données fournies par l’image, on formule des hypothèses. Les calculs sont tout à fait sérieux et permettent d’aborder un large spectre de thèmes scientifiques?: résistance des matériaux, biomécanique, gravitation.

Même des sujets durs de physique fondamentale ?

C’est tout l’intérêt. Lorsque je calcule la taille de l’Étoile de la mort qui détruit la planète Alderande dans le premier épisode de Star Wars, en 1977, c’est pour pouvoir parler d’antimatière, de trous noirs. Quelle puissance faut-il ? Celle d’un million de soleils ? Ce chiffre est-il cohérent avec la taille de l’Étoile de la mort ? Comment faire pour stocker l’énergie ? Et, ce, uniquement avec les indications données dans le film. Mon but est de faire parler le film plus qu’il n’en dit, et plus aussi que ce que les auteurs y ont mis. Reconstruire une cohérence qui n’était pas forcément voulue a priori. Le résultat montre, d’ailleurs, que les scientifiques des forces du mal sont vraiment très forts, puisque la seule solution – au regard de nos connaissances actuelles – pour doter l’Étoile de la mort d’une telle puissance de feu est qu’ils aient réussi à emprisonner un mini-trou noir en rotation d’un mètre de rayon ! Belle performance !

Vous semblez prendre grand soin de ne pas casser l’imaginaire, de ne pas tourner ces univers en dérision…

Mais c’est parce que je les aime profondément. Je ne dis pas qu’une créature comme Godzilla n’existe pas, ou que l’Étoile de la Mort, c’est n’importe quoi. Ce serait stérile, ça n’avancerait à rien et puis ce serait trop facile. Je pars du postulat qu’ils existent et j’essaie de savoir comment c’est possible. Parfois, c’est clairement un échec. Le sabre laser des Jedi, par exemple, je l’ai, d’une certaine façon, testé… À mon grand regret, ça ne peut pas marcher. Pour plein de raisons. Mais, cela me permet de tenter de faire mieux et de proposer une théorie alternative, dans ce cas, à base de plasma. Bon, ça ne marche pas très bien non plus mais ce n’est pas grave car, même ainsi, cela correspond toujours à l’esprit scientifique. J’essaie avant tout de parler de science en partant du prétexte de la science-fiction. Poser des questions, c’est introduire une dynamique par rapport à un spectacle où le seul comportement consiste souvent à avoir la bouche pendante. Quitte à rétablir la vérité. On ne peut pas laisser passer l’idée que les vaisseaux spatiaux font du bruit quand ils explosent dans le vide interstellaire !

Vous avez une théorie pour expliquer cela ?

D’autres s’en sont chargés pour moi. Dans les ouvrages dérivés de l’univers Star Wars, on explique désormais que ces sons d’explosions sont virtuels. Ils sont diffusés à l’intérieur du cockpit pour permettre au pilote de mieux s’immerger dans un combat. Et tout devient dès lors très logique : comment, sinon, sentir l’urgence de la bataille lorsque l’on est plongé dans le silence absolu de l’espace intersidéral ? Les auteurs ont réussi à élaborer une solution très habile à l’une des plus grosses aberrations de la série.

Est-ce une façon pour vous de redresser les torts faits à la science dans certaines œuvres de fiction ?

Je mène avant tout une enquête scientifique. A partir des éléments d’un film, d’une bande dessinée – puisque j’ai aussi fait cela avec Tintin et Superman –, ou d’une œuvre de science-fiction, j’essaie de trouver des informations, de construire un raisonnement. Et de proposer un schéma de réponse plausible, cohérent scientifiquement. Dans mes conférences ou mes textes, j’ouvre deux volets : une partie purement sciences physiques et connaissances et une partie méthodologie scientifique, où je parle de comment se fait la science, comment les éléments sont collectés pour élaborer une théorie… qui peut se révéler fausse au bout du compte. Il faut ne pas sacraliser la science et montrer que les scientifiques échouent, recommencent, disent parfois des bêtises, en font, et que ce processus itératif est nécessaire pour aboutir à une construction cohérente, collective et humaine.

Et je trouve aussi intéressant de parler de méthodologie que de parler de science. De quoi peut-elle parler ? De quoi ne peut-elle pas parler ? Quels sont son champ d’investigation, ses méthodes ? Qu’est-ce qui la distingue des autres activités intellectuelles humaines, l’art, la politique, la théologie ? Qu’est-ce qui fait sa force et quelles sont ses limites ? J’y vois là une manière de parler de l’insertion de la science dans la société humaine, de son rôle et de son utilité sociale.

Pourquoi est-ce plus facile d’aborder ces notions avec Star Wars ou Superman ?       

Parce ce qu’il me semble que c’est un enrobage plaisant et connu de tous. Il faut être en phase avec le public sur un vécu commun, de façon qu’il suive le plus longtemps possible les développements scientifiques exposés. Quand je dis « Étoile de la mort », les gens savent instantanément de quoi je parle. Il ne faut pas se leurrer : je passe l’essentiel de mon temps à mettre en scène des objets connus, à montrer des exemples. Seulement une fraction est consacrée aux sciences proprement dites et à parler de ma spécialité. Ce pourquoi je suis effectivement venu. Je suis prêt à utiliser certaines accroches pour faire passer la pilule, à « me commettre » comme diraient certains scientifiques, qui pensent que c’est dévaloriser le message scientifique que de le mélanger à une matière aussi peu noble que la fiction. Mais je n’oublie jamais qu’il me faut toujours revenir à la science.

Votre démarche est-elle comparable à celle que vous menez habituellement en astrophysique ?

Par bien des points, oui. Dans les deux cas, j’ai à ma disposition très peu d’informations et je dois m’en contenter. Le thème de mes recherches est la topologie cosmique. Soit l’étude de la forme globale de l’Univers. On utilise comme instrument d’investigation le fond diffus cosmologique, émis voilà 13,7 milliards d’années, 370.000 ans après le Big Bang. C’est la plus grande structure qui nous soit accessible puisqu’il borde l’univers observable. En étudiant la répartition de ses fluctuations de température, on essaye de trouver des indices qui trahiraient une topologie particulière de l’Univers.

Les astrophysiciens disposent finalement d’assez peu de données pour construire une représentation de notre univers : une date, une direction, une lumière. Il leur manque, par exemple, un élément crucial : la distance des objets qu’ils observent. A la place, dans le cas d’une galaxie lointaine, par exemple, ils disposent d’une quantité, le décalage vers le rouge, une donnée complexe intégrant à la fois l’espace et le temps. Pour débrouiller les fils et obtenir une approximation sur la distance à laquelle se trouve l’objet en question, il faut un modèle, qui serve de cadre d’interprétation.

En cosmologie, nous ne sommes pas dans le schéma : «Je vois les pierres qui tombent, je fais des expériences, j’en déduis la gravitation.» Ce n’est pas si simple, car en astrophysique, nulle expérience n’est possible et il ne semble guère facile d’aller sur place faire nos mesures…

Envisagez-vous de collaborer avec un biologiste pour enquêter sur les monstres bizarres qui pullulent dans Star Wars ?

C’est vrai que beaucoup d’entre eux posent question. Quel processus évolutif pourrait conduire une espèce à avoir quatre bras et deux jambes, par exemple ? Ou quelles sont les lois de biomécanique qui empêchent une mante religieuse de se faire aussi grosse qu’un bœuf ? Le problème, c’est que je n’ai pas encore trouvé de biologiste intéressé. Il faut dire qu’en France, mélanger science et SF ne va pas de soi. Alors que les Anglo-Saxons ne voient rien de péjoratif à être écrivain de SF et scientifique ou à enseigner la science par le biais du cinéma.

En France, la SF est considérée comme de la sous-littérature. Les Fourmis de Bernard Werber comme les Racines du mal de Maurice G. Dantec sont totalement des œuvres de science-fiction. Pourtant, je n’ai aucun souvenir de ces deux écrivains revendiquant une telle filiation. Pour moi qui suis passionné de SF depuis l’âge de 10 ans, c’est la seule littérature moderne. Elle introduit le fait scientifique dans ses histoires et elle en étudie les retombées sociales. Qu’on le veuille ou non, la technoscience est partout. Elle modèle nos sociétés, impose des choses qui étaient avant imaginables, pour le meilleur ou pour le pire.

Vous pensez au clonage ?

C’est le sujet emblématique du moment. On ne peut plus dire, ça n’arrivera jamais. Je suis persuadé que, de notre vivant, un clone humain naîtra. Et ça se fera pour la simple et bonne raison que c’est possible.

Proclamer «Il ne faut pas le faire» dans les comités d’éthique, très bien. Mais il est désormais temps de se poser la question des conséquences, parce que l’impossible s’est déjà produit. La science-fiction n’a pas attendu le dernier Houellebecq ou la Guerre des clones de Star Wars pour réfléchir à la manière dont le clonage s’apprête à totalement bouleverser et redéfinir notre société.

Propos recueillis par David Larousserie et Hervé Ratel pour Sciences et Avenir, numéro 705, précédemment publié en 2005.

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